Scolaire

Fermetures de classes : les parents disent non Bruno Colombari

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Comme l’an dernier, l’inspection académique a annoncé de nouvelles fermetures de classes à Gardanne et à Biver : la classe d’intégration (CLIS) de Bayet est concernée, ainsi que quatre sections à Fontvenelle, Cézanne, Prévert et Brassens. Parents, enseignants et élus se mobilisent.

L’Éducation nationale perd-elle la tête ? Alors que dans toute la France, des fermetures de classes sont annoncées, en Ile-et-Vilaine, pour faire face aux remplacements dans le primaire, l’inspecteur d’académie envisage très sérieusement de recruter des enseignants... à la retraite. 11 200 postes devraient être supprimés à la rentrée prochaine. Les attaques contre le service public de l’éducation ne datent pas d’hier, bien entendu, mais depuis un an, c’est un véritable feu d’artifice : annonce de la suppression de la carte scolaire, réforme des lycées professionnels, suppressions de postes, recours aux heures supplémentaires, fermeture de classes...

A l’école Georges-Brassens, dès le jeudi 27 mars, une cinquantaine de parents ont réagi à l’annonce d’une fermeture de classe à la rentrée prochaine. Déjà touchée en septembre dernier, l’école de l’avenue des Aires passerait de neuf à huit classes pour un effectif d’environ deux cents élèves. Et le départ à la retraite d’un des enseignants ne sera pas remplacé.

A Biver, l’école Paul-Cézanne perdrait aussi une classe, entraînant une cascade de cours doubles. Décision est prise de réagir vite : une délégation se rendra à la réunion à l’Inspection académique, le 31 mars, d’un comité technique paritaire chargé d’examiner les projets de fermeture. Les parents rédigent un tract appelant à manifester à Marseille.

Le lundi matin, ils sont une quarantaine à monter dans un car affrêté par la Ville, accompagnés par cinq élus. Sous une pluie battante, pendant une heure et demie, ils crieront « Non aux fermetures de classe ! Nous voulons un rendez-vous ! » Finalement, une délégation composée d’un directeur d’école, de parents d’élèves de Brassens, Fontvenelle et Cézanne et d’Yveline Primo, première adjointe, est reçue quelques minutes par le directeur de cabinet de l’Inspecteur d’académie.

« La discussion a tourné sur une question de chiffres, déclarait Yveline Primo à la sortie du bâtiment. Ils nous a dit que sur les cinq fermetures annoncées, trois étaient à surveiller (Bayet, Brassens et Fontvenelle) en fonction des effectifs de la rentrée. Cézanne et la CLIS de Bayet seraient fermées. Nous avons essayé de faire valoir nos arguments, mais ça n’a pas suffi. Il faut se battre sur l’aspect qualitatif de l’enseignement : qu’allons-nous perdre si les effectifs augmentent ? »

Quelques heures plus tard, la nouvelle tombe : la classe de Cézanne passerait dans la catégorie “à surveiller”. Françoise Paratte est parent d’élèves à l’école Paul-Cézanne, à Biver. « Il y a cet année 23,3 élèves par classe, si on passe à cinq classes, la moyenne va dépasser 26. On a des enfants en difficulté, on intègre aussi les enfants accueillis au foyer Delta Sud du Pesquier. Ça va être compliqué de gérer ça, d’autant qu’on devrait avoir deux classes de CE1 et tout le reste en cours double. »

Rassemblement le jeudi 24 avril

Odile Le Rallec explique que l’école de Fontvenelle « risque de perdre une classe, alors que les 30 CM2 qui partent en sixième sont compensés par l’arrivée de 29 élèves de maternelle qui entrent au CP. On va se retrouver à 26 élèves par classe » alors que selon les calculs de l’inspecteur d’académie, les effectifs passeraient à 24,75, soit juste au-dessous du seuil de 25 élèves par classe déclenchant une procédure de fermeture. Rappelons que pour ouvrir une classe supplémentaire, il faut que la moyenne dépasse 28 élèves par classe...

Directeur de l’école Georges-Brassens, Philippe Roms constate que si depuis la rentrée de 2007 le cours double CP-CE2 se passe plutôt bien, les problèmes se sont reportés sur les autres classes de même niveau. « Ce n’est pas le principe du cours double qui est en question, ça existe dans les petites écoles. Mais dans celles où l’effectif est plus important, il y a une répercussion sur les autres classes. »

Quant à la fermeture annoncée d’une CLIS (classe d’intégration scolaire), il constate « qu’on a supprimé les classes de perfectionnement qui fonctionnaient bien pour les remplacer par des CLIS dont les critères d’admission sont différents. Du coup, des élèves qui auraient pu se retrouver dans ces classes de perfectionnement sont désormais intégrés dans les autres classes, sans que des moyens supplémentaires soient mis en oeuvre pour les accueillir. »

Jeudi 24 avril à 18h30, une réunion publique est organisée à l’Hôtel de Ville pour faire le point et préparer les actions à venir. Tous les parents sont invités.

Guy Pinet * : « Travailler mieux avec moins d’élèves »

Que peut faire la Ville face aux fermetures de classes ?

Tout d’abord, il faut dire que nous sommes contre toute fermeture : nous l’avons dit à l’adjoint de l’inspecteur d’académie le 27 mars. Nous mettons en avant des critères qualitatifs plutôt que des moyennes d’élèves par classe : avec moins d’élèves, on peut travailler différemment, faire un suivi individualisé, travailler en groupe, faire de l’expérimentation, de la découverte... De toute façon, nous avons intérêt, élus, enseignants et parents à nous mobiliser, sinon il est certain que nous n’obtien - drons rien. La classe de l’école Paul-Cézanne qui devait fermer est désormais à surveiller, c’est déjà ça de pris.

Que pensez-vous de la suppression du samedi matin à partir de la rentrée ?

Ça fait partie des effets d’annonce du gouvernement, même si on se rend compte que rien n’est prêt pour la mise en pratique. D’un côté, on enlève deux heures de classe par semaine, de l’autre côté, on alourdit les programmes : une heure de sport en plus, de l’histoire de l’art, l’apprentissage du futur antérieur et du passé antérieur, que personne n’utilise... Et à côté de ça, on demande aux enseignants de faire des stages de remédiation pendant les vacances scolaires, ce qui est absurde. Et la Ville devra mettre les locaux à disposition, sous sa responsabilité.

Ces réformes ne sont-elles pas un moyen de transférer des charges vers les communes ?

C’est déjà le cas avec les maternelles. Quand une classe ferme, cela entraîne des contraintes en cascade vers les structures de la petite enfance. Pour les parents, le coût d’une année en crèche n’est pas le même qu’une année en maternelle. Et dans le même temps, l’État diminue la dotation de fonctionnement aux communes.

* adjoint au maire, délégué à la vie scolaire