Lettre aux Gardannais sur le mouvement de grève du personnel ATSEM

Publié le

Gardanne le 15 octobre 2008

Madame, monsieur,

La semaine dernière les écoles maternelles de notre commune ont été affectées par un mouvement de grève du personnel ATSEM. Il m’a semblé utile, à un moment où l’école - et singulièrement l’école maternelle - fait l’objet d’attaques de la part des Pouvoirs Publics, de transmettre à chacun d’entre-vous les informations nécessaires à la compréhension des faits.

En juin 2008, sans concertation, le gouvernement a décidé la suppression de l’école le samedi matin. L’organisation du temps de travail a donc dû être modifiée pour les agents travaillant en maternelle. En accord avec ces agents, avaient été mis en place de septembre à décembre 2008 trois types d’organisations à expérimenter, à l’issue desquelles un Comité Technique Paritaire devait entériner l’organisation la plus pertinente au regard du service public dû à la population.

A l’issue du premier mois d’expérimentation le personnel s’est mis en grève pour que soit retenue la semaine de 4 jours à 10h, se refusant à mettre à l’essai les deux autres organisations, contrairement à ce qui avait été convenu ensemble.

Pour les jours de grève, et afin que les enfants de 3 à 5 ans ne soient pas laissés seuls durant le temps du repas, j’ai demandé, par désignation, au personnel gréviste d’être présent, de 11h30 à 13h30. Je me suis refusé à faire assurer cette tâche par des personnels non qualifiés et inconnus des enfants. Leur “désignation” a été notifiée aux ATSEM par des agents de la police municipale, seuls agents assermentés de la collectivité. Les ATSEM ont assuré cette tâche, tout en poursuivant la grève.

Sur un recours du syndicat CGT, la Ville a été pour cela condamnée par le tribunal administratif. Je conteste cette décision, et maintiens que la garde d’enfants ne peut être confiée à n’importe qui, que ce personnel est qualifié pour s’occuper de jeunes enfants, tâche qu’il assume avec sérieux. Il s’agissait de la sécurité des enfants, j’assume pleinement ma décision.

Est-il pertinent d’avoir une journée de 10h en terme d’efficacité et de charge de travail, (alors qu’au niveau national les organisations syndicales militent pour un allègement de la charge de travail) ? Par ailleurs la question de la formation continue est posée en permanence pour ce personnel, cette organisation permet difficilement de libérer les plages horaires nécessaires à celle-ci.

Enfin, les projets gouvernementaux vont dans le sens d’une suppression de la maternelle et de son remplacement par des garderies, la question de sa défense est posée à chacun d’entre nous.

A terme, il s’agit ni plus ni moins que de remplacer les enseignants par du personnel municipal (voir la déclaration du ministre de l’Éducation sur les maternelles [1]), aggravant encore le transfert de charges et de responsabilités de l’État en direction des communes, alors que la situation financière de celles-ci ne cesse de se dégrader.

Pour ma part, avec l’ensemble des élus de la majorité du Conseil municipal, je réaffirme mon opposition à la casse de l’École Publique organisée par le gouvernement, avec notamment les fermetures de classes, la non scolarisation des enfants de 2 à 3 ans, la suppression de milliers de postes d’enseignants au niveau national, l’alourdissement de la journée de travail des élèves en difficulté (ajout de cours durant la pause de midi), des attaques sans précédent contre l’école maternelle. Des attaques qui vont s’amplifier dans les années à venir si nous laissons faire.

Roger Meï
Maire de Gardanne

(1) Le 3 juillet devant la commission des finances du Sénat le ministre Darcos s’est interrogé sur « L’opportunité de recruter à Bac +5 des personnes (les enseignants de maternelle) dont la fonction va être essentiellement de faire faire la sieste à des enfants ou de leur changer les couches. »

 

Dans l'actu